Apraxie verbale

Dyspraxie verbale

Apraxie verbale de l’enfant

L’apraxie verbale de l’enfant (AVE) est un trouble neurologique du développement moteur de la parole. L’AVE est associée à des problèmes à reproduire des sons, des syllabes et des mots en raison de difficultés à adopter correctement des postures articulatoires (avec le visage, la mâchoire, les lèvres et la langue). Ces difficultés ne sont pas attribuables aux muscles eux-même, mais plutôt à une incapacité à planifier leur mouvement (praxie). En conséquence, l’enfant sait ce qu’il veut dire, et a la capacité musculaire de le faire, mais il a du mal à planifier ses mouvements articulatoires afin de produire le son, les syllabes et les mots avec précision.

Parmi les signes indiquant l’AVE, notons une difficulté accrue avec les mots et expressions plus longs (par ex. : l’enfant peut dire « glace » mais pas « crème glacée » ou « Je veux de la crème glacée ») et des erreurs de prononciation inégales (par ex. : ne prononce jamais le même mot de la même façon). Un enfant atteint d’AVE peut arriver à prononcer un mot parfaitement une fois, puis être incapable de le dire la fois suivante.

L’AVE est aussi appelée apraxie verbale développementale (AVD).

Il existe plusieurs variétés d’apraxie selon la zone du cerveau qui a été atteinte:

  • L’apraxie constructive se caractérise par une difficulté à définir les relations des objets entre eux dans l’espace.
  • L’apraxie idéomotrice se caractérise par l’incapacité d’exécuter un geste quand on le lui demande, alors qu’il peut effectuer ce même geste spontanément.
  • L’apraxie idéatoire est une perturbation de la coordination des mouvements quand il s’agit d’utiliser un objet (comme d’amener une cuillère la bouche).
  • L’apraxie dynamique est l’incapacité de réaliser à la demande une série de mouvements rapides programmés à l’avance

Définition de la dyspraxie verbale

1.1.2.1. Définition de la dyspraxie verbale

Les troubles développementaux du langage oral autrement appelés dysphasies touchent environ 2% des enfants d’âge préscolaire et scolaire (Rapport Ringard, 2000). Les dysphasies se définissent comme des troubles durables et sévères du développement du langage oral sans trouble neurologique connu, sans déficience intellectuelle et sans trouble envahissant du développement. Ces troubles se produisent dans un environnement non carencé et normalement stimulant. Les enfants ne présentent, par ailleurs, pas de troubles sensoriels tels qu’une surdité. Le terme de dysphasie regroupe plusieurs entités comme la dysphasie phonologico-syntaxique, la surdité verbale, la dysphasie lexico-syntaxique, la dysphasie sémantique pragmatique, le trouble de production phonologique ou encore la dyspraxie verbale (Rapin & Allen, 1983 ; Mazeau, 2005). La dyspraxie verbale (DV) est une entité nosographique qui n’est pas reconnue de tous et qui est extrêmement rare. La prévalence est estimée à 0,125 % de la population d’âge scolaire et 3,4 à 4,3% de la population d’enfants présentant un trouble du langage (Delaney & Kent, 2004), mais cette pathologie semble sous-diagnostiquée (Davis, Jakielski & Marquardt, 1998). Selon Crary (1984), les garçons semblent 9 fois plus atteints que les filles mais celles-ci peuvent être plus sévèrement atteintes (Souza, da Cruz Payao & Costa, 2009).

Pour la plupart des auteurs, la dyspraxie verbale est un sous-type de dysphasie à part entière alors que pour d’autres elle n’est qu’une variante d’une forme de dysphasie (pour Mazeau (2005) la DV fait partie de la dysphasie de production phonologique). Parallèlement, Kent (2000) et Dewey (1993 et 1995) émettent l’hypothèse que la dyspraxie verbale serait une forme d’un trouble plus général du développement des praxies et non une association de troubles phasiques et moteurs. La dyspraxie verbale trouve son pendant chez l’adulte dans l’apraxie de la parole ou apraxie verbale (Ogar, Slama, Dronkers, Amici & Gorno-Tempini, 2005 ; Ogar, Wilcock, Baldo, Wilkins, Ludy & Dronkers, 2006). Cette pathologie acquise fait partie, avec les dysarthries, des troubles moteurs de la parole (Duffy, 1995 cité par Kent 2000). Ces deux entités se distinguent par l’atteinte qui se situe au niveau de la programmation (Maas, Robin, Wright & Ballard, 2008) de la parole (apraxie verbale) ou au niveau de l’exécution (dysarthrie). La dyspraxie verbale se distingue clairement de la dysarthrie par l’absence de déficit neuromoteur. Le premier auteur qui évoqua une pathologie correspondante à ce que nous pouvons nommer aujourd’hui dyspraxie verbale fut Ajurriaguerra (1973) sous l’appellation d’ « audi-mutité à forme dyspraxique ». Cette pathologie est également nommée dyspraxie verbale développementale (developmental verbal dyspraxia), apraxie développementale de la parole (developmental apraxia of speech), ou encore apraxie verbale développementale (developmental verbal apraxia). Les anglophones préfèrent le terme d’apraxie de la parole de l’enfance (Childhood Apraxia of Speech abrégé CAS). Ce n’est que dans les classifications successives de Rapin & Allen (1983) qu’apparaît le terme de dyspraxie verbale.

L’American Speech Language Hearing Association (ASHA, 2007) recommande d’utiliser la définition suivante : « la dyspraxie verbale est un trouble neurologique de la parole de l’enfance pour lequel la précision et la constance des mouvements sous-tendant la parole sont perturbés en l’absence de déficits neuromusculaires (c’est-à-dire des réflexes ou un tonus anormaux). La dyspraxie verbale peut être le résultat de troubles neurologiques connus, en association avec des troubles neurocomportementaux d’origines connues ou inconnues, ou un trouble de la parole d’origine neurologique idiopathique. Le trouble principal dans la planification et/ou la programmation spatio-temporelle des paramètres des séquences de mouvements résulte des erreurs de production de la parole et de prosodie ». La dyspraxie verbale est décrite comme un trouble du langage oral où il y a absence ou limitation importante du langage expressif par incapacité à organiser et à produire les mouvements articulatoires pour émettre les sons et les séquences de sons. Par exemple, ces enfants ont des difficultés à répéter des mots de trois syllabes et les mots sont tronqués, isolés, sans structure grammaticale. La détérioration de la production augmente avec la longueur de l’énoncé ce qui entraîne l’adoption, le plus souvent, d’un style d’échange télégraphique. Ils s’expriment peu et n’ont aucune fluidité du discours. Cette dysphasie s’accompagne fréquemment d’une dysarthrie mais peut également être isolée. L’atteinte de la compréhension verbale peut être présente mais reste habituellemet légère ou modérée. Par ailleurs, on retrouve des troubles des praxies bucco-linguo-faciales (difficultés pour souffler, gonfler les joues, siffler, aspirer, cligner des yeux….) et une dyspraxie plus générale affectant les membres supérieurs et les membres inférieurs. Ansaldi & Isch Wall (2005) concluent eux qu’il n’y a pas de consensus sur la sémiologie de cette pathologie tant l’expression des troubles est grande. Jouin & Maréchal-Maurice (2006) ont montré, sur une population de 10 enfants atteints de dyspraxie verbale, que les trois marqueurs les plus saillants de cette pathologie étaient la variation de production pour une même cible (80% des cas), l’intelligibilité (70 % des cas), et la dissociation automatico-volontaire (60% des cas). Jouin & Maréchal-Maurice ont également montré la forte hétérogénéité de cette cohorte, due essentiellement à l’évolution des troubles dans cette pathologie qui se transforme progressivement parfois, comme par exemple en dysphasie phonologico-syntaxique chez certains patients (voir également Chevrié-Muller & Narbona, 2004). Ainsi, pour résumer, la dyspraxie verbale est un trouble développemental qui allie un trouble du langage oral surtout marqué sur le versant expressif qui rend le discours du patient inintelligible et un trouble des praxies affectant aussi bien les membres que la sphère bucco-linguo-faciale.

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