Trouble de l’opposition

DRE NADIA GAGNIER, COLLABORATION SPÉCIALE
Le Soleil 09-2013

Mathis, sept ans, a toujours eu un tempérament difficile. Ses parents doivent souvent répéter leurs consignes avant d’être écoutés. Jusqu’à maintenant, ils ont assez bien géré la situation, mais plus Mathis grandit, plus il s’oppose fermement aux consignes en défiant délibérément ses parents, et même les profs à l’école.

Ses parents commencent à être épuisés et à bout de ressources. Leur relation avec Mathis est grandement affectée par leurs conflits quotidiens. Ils se sentent pris dans un cercle vicieux : plus Mathis les défie, plus ils se mettent en colère contre lui; plus ils se mettent en colère contre lui, plus il les défie.Plusieurs parents restent bouche bée les premières fois que leur enfant défie ainsi leur autorité parce qu’ils s’attendent à ce que l’enfant respecte les consignes de façon automatique… ils ne prévoient pas de plan B, au cas où fiston ou fillette déciderait tout à coup de se rebeller! D’autres parents ne savent pas comment réagir à cette opposition parce qu’eux-mêmes, lorsqu’ils étaient enfants, n’auraient jamais osé argumenter, ne serait-ce qu’un tout petit peu, avec leurs parents! Être défiés par leur enfant les prend par surprise.

Il peut être normal qu’un enfant fasse l’essai une ou deux fois dans sa vie de défier ses parents. Mais lorsque cette attitude devient quotidienne et qu’elle affecte le fonctionnement général de l’enfant ainsi que ses relations avec les différentes figures d’autorité autour de lui, cela peut signifier qu’il a développé un trouble de l’opposition. Les symptômes de ce trouble sont les suivants :

– Perd le contrôle de sa colère

– S’obstine et argumente avec les adultes

– Défie les consignes et les règlements, ou refuse de s’y plier

– Ennuie ou agace délibérément les autres

– Blâme les autres pour ses erreurs ou ses mauvais comportements

– Est irritable ou facilement dérangé par les autres

– Est souvent en colère ou irrité

– Est souvent rancunier ou vindicatif

Plusieurs facteurs peuvent causer ou maintenir le trouble de l’opposition, notamment la qualité de la relation parent-enfant, le tempérament de l’enfant, la présence d’un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH), le tempérament du parent, les facteurs de stress familiaux, les expériences négatives de l’enfant (ex. : intimidation à l’école, échecs scolaires…) et les techniques de discipline utilisées par les parents. En fait, pour qu’un enfant développe le trouble de l’opposition, il faut qu’un ou plusieurs de ces facteurs l’aient amené à développer une relation malsaine avec l’autorité, au point où cette autorité ne signifie rien, ou que du négatif pour lui.

À titre d’exemple, un enfant qui a un TDAH non diagnostiqué peut sentir que ses parents et son professeur sont toujours sur son dos. Un autre enfant qui a été victime d’intimidation peut perdre le respect qu’il avait pour les professeurs de son école et la direction, si ces derniers ne sont pas parvenus à l’aider à sortir de cette situation. Il en résulte une perte de confiance en l’autorité. Dans d’autres cas, ce sont les méthodes de discipline utilisées par les parents qui amèneront l’enfant à s’opposer. En effet, une autorité trop écrasante, ou encore des parents trop mous et qui manquent de constance dans l’établissement de limites claires peuvent discréditer l’autorité aux yeux de l’enfant.

Les statistiques indiquent qu’entre 20 et 25 % des enfants qui ont un trouble de l’opposition ne l’auront plus trois ans plus tard. Toutefois, jusqu’à 52 % continueront de manifester certains symptômes et 25 % développeront le trouble de la conduite (délinquance).

C’est pour cette raison que vous entendez souvent les professionnels de l’enfance et de l’éducation dire à quel point il est important que les parents tentent de trouver un équilibre entre l’attention et l’affection qu’ils accordent à leurs enfants, et l’établissement d’un cadre avec des limites claires et constantes. Je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire, mais c’est le meilleur moyen de maintenir une relation significative et saine avec l’enfant, tout en lui apprenant à respecter l’autorité, avec laquelle il devra évoluer toute sa vie (professeurs, patrons, policiers…). Si vous avez de la difficulté à trouver cet équilibre, ou si votre enfant semble manifester quelques signes d’un trouble de l’opposition, n’hésitez pas à chercher de l’aide… il s’agit d’un bon moyen de prévenir la délinquance.

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