Le système de l’éducation finlandais

La Finlande jadis premier de classe, dégringole en éducation

Qu’en est-il ?

Par : Marie-Jacquard Handy, orthopédagogue

La publication « Business Inside » en décembre 2011 présentait la réussite du système scolaire finlandais en précisant les variables responsables de son succès. L’article du journal l’Actualité du 10 avril 2014 proposait également des caractéristiques de ce premier de classe dans le domaine mondial de l’éducation ainsi que les autres 6 premiers pays champions en lecture : 1er : Shanghai, 2e Hong Kong, 3e Singapore, 4e Japon, Corée du Sud 5e, Finlande 6e (et premier 2000, 2003-2006, 2009, 2012).

Ce classement est réalisé par l’OCDE à l’aide du  PISA (Programme international du suivi des acquis des élèves) qui a lieu tous les trois ans depuis les années 2000, indique un succès persistant de la Finlande aux différents tests en littératie et en numératie.

Qu’en est-il réellement? Pourquoi cette dégringolade du premier de classe qu’était la Finlande au sommet? On sait déjà que les élèves finlandais ne subissent aucune évaluation durant les six premières années d’école et bien plus.

Cet article vous propose, ce que l’on peut importer de ce système scolaire du pays de Nokia dans le nord de l’Europe, qui a aboli l’école privée en 1970.

Qu’elles sont en réalité, les variables qui ont pendant plus d’une décennie, fait de ce système scolaire finlandais le surdoué dans ce domaine avant que la Corée du Sud, les Pays asiatiques et Singapour le rattrapent?

C’était prétentieux en 2003 disaient plusieurs pays, de comparer son système de l’éducation avec celui de la Finlande. Si d’autres pays rejoignent ce premier de classe au sommet de nos jours, la preuve est faite qu’avec des réformes, ces résultats seraient possibles partout dans le monde. 

Examinons tout de même,  ce que l’on peut importer de la Finlande pour réformer n’importe quel système de l’éducation?

Les caractéristiques de la Finlande et de son système scolaire :

  • plus de 5 millions d’habitants ;
  • un taux d’immigration faible de 4.6% ;
  • une homogénéité de la population ;
  • la Finlande, les États-Unis et le Canada allouent le même pourcentage de leurs dépenses publiques 12-13% du budget en éducation ;
  • la décentralisation est une marque de commerce dans le pays. Chaque municipalité décide de la gestion de son budget scolaire localement ;
  • le curriculum est imposé par le ministère de l’Éducation, mais les enseignants sont libres de choisir les méthodes d’enseignement et d’apprentissage. Ils peuvent alors faire usage les approches congruentes aux besoins des élèves et accroître leur taux de réussite. Le contrôle qui inhibe la créativité dans la profession enseignante est absent dans ce système ;

Le système met l’accent sur la prévention.

Caractéristiques de l’école

  • l’enfant commence à fréquenter l’école à 7 ans ;
  • les écoles privées ont été abolies en 1970 ;
  • après chaque 45 minutes de cours, les élèves vont jouer dehors pour un total de 75 minutes de récréation par jour ;
  • l’école commence à 8h et se termine à 14h ;
  • après le repas de midi, les élèves vont de nouveau dehors avant de suivre les deux dernières périodes de 45 minutes en après-midi ;
  • les parents viennent chercher les enfants vers 14h ;
  • ceux qui travaillent les prennent à 16h ou 17h ;
  • ces heures après l’école permettent à plusieurs de participer aux activités sportives ou artistiques payées par les centres communautaires, l’école ou l’état ;
  • les enfants ont de petits devoirs seulement. Oui, ce pays n’a pas supprimé les devoirs ;
  • les enfants mangent à la cafétéria et le menu est toujours santé et équilibré ;
  • il n’y a pas d’évaluation les 6 premières années, le seul test standardisé est administré aux élèves à 16 ans ;
  • le système scolaire a trois niveaux : général, intensif et spécial.

La formation des enseignants

  • les enseignants ont une maîtrise en éducation, une formation totalement payée par l’état ;
  • les enseignants sont sélectionnés parmi les dix meilleurs de leur groupe pour suivre ce cours de formation des maîtres (il y a eu 660 candidats sélectionnés parmi 6600 postulants en 2010) ;
  • le salaire des enseignants est comparable à celui des Avocats et Médecins, ce qui rend cette profession attrayante ;
  • les enseignants passent uniquement 4 heures par jour en classe et ont deux heures de formation continue par semaine ;
  • l’enseignant a un statut social qui se compare bien avec celui des ingénieurs, médecins, dentistes.
  • ce sont des premiers de classe qui deviennent des enseignants dans ce pays.

L’enseignement

  • le curriculum est imposé par le ministère de l’Éducation, mais les enseignants sont libres de choisir les méthodes d’enseignement et d’apprentissage. Ils peuvent alors faire usage des approches congruentes aux besoins des élèves et accroître leur taux de réussite. Le contrôle qui inhibe la créativité dans la profession enseignante est absent dans ce système ;
  • l’enseignement priorise le bien-être de l’apprenant ;
  • la prévention est le secret de la réussite dans ce système. L’élève est tout de suite pris en charge dès que ses résultats baissent. Un enseignant les accompagne pour les remettre à niveau une ou deux fois par jour ;
  • le parent est convoqué dès que les résultats de son enfant baissent et au besoin un spécialiste est impliqué. Dans ce contexte, tous les enfants peuvent à un moment donné de leur parcours, avoir besoin des services de rattrapage qui sont conséquemment perçus positivement.
  • les nouveaux arrivants qui ne parlent pas la langue reçoivent un service de finlandisation pendant deux ou trois mois avant de cheminer dans les classes régulières ;
  • selon Pasi Sahlberg, le système scolaire priorise la décentralisation, mais le Ministère insiste quelquefois sur l’usage des approches ou stratégies qui ont fait leurs preuves ;
  • durant les premières années d’école, environ un tiers de la clientèle reçoit des services de rattrapage ;
  • il y a des devoirs, mais ils sont minimes ;

L’évaluation

  • durant les 6 premières années scolaires, les élèves ne sont pas évalués, mais la pratique de l’évaluation formative règne ;
  • le pays a un seul test standardisé que l’on administre uniquement aux élèves de 16 ans.

La composition de la classe

  • L’enseignant supervise 20 élèves et a un assistant qualifié en enseignement qui se promène d’un pupitre à l’autre pour faire de l’enseignement guidé.
  • Tous les élèves fréquentent la même classe dans une culture d’inclusion totale.
  • Toutefois, certains sortent pour recevoir des services.

La réussite scolaire

La Finlande :

  • à le plus haut pourcentage des élèves qui font des études supérieures en Europe (66%).
  • est arrivée en première position mondiale dans le test PISA de l’OCDE pendant plus de dix ans alors qu’au Canada, l’Alberta, le Québec et l’Ontario sont les chefs de file dans ce test;
  • a un des plus minimes écarts de la performance entre les élèves forts et les élèves faible ;
  • a un taux de réussite à l’école secondaire très élevé qui se situe à 93% ;

Pasi Sahlberg de la Finlande, un des chefs d’orchestre de cette réussite a rendu visite aux Albertains  et aux Saskatchewanais du Canada pour partager les variables de leur réussite.
La dynamique mondiale :

  • Dernièrement, La Corée du Sud, les Pays asiatiques et Singapour ont fait fléchir la douance finlandaise en éducation en déclassant ce pays de Nokia. Il fallait s’y attendre, car les pays du soleil levant en matière de compétition sont des champions.

Pourquoi la Finlande bat de l’aile au sommet

La dynamique de l’économie de ce pays du Nord de l’Europe et sa réussite aux tests PISA depuis l’an 2000 ont contribué à le hisser au sommet pour devenir dans une décennie, un des meilleurs systèmes éducatifs mondiaux

D’autres facteurs cités ci-haut que nous reprenons, y ont également contribué:

  • la décentralisation de la gestion scolaire dans les municipalités et l’abolition des écoles privées ;
  • la valorisation de la profession enseignante en la plaçant au même niveau que les médecins, ingénieurs, etc.
  • la formation gratuite du personnel enseignant ;
  • les repas gratuits pour tous les jeunes ;
  • l’usage prioritaire les TICS ( nous sommes au pays de Nokia);
  • un curriculum commun avec une liberté de choix des stratégies tout en insistant sur l’usage des stratégies gagnantes ;
  • une garderie après l’école avec des activités sportives et artistiques gratuites ;
  • des résultats supérieurs au Test de PISA mais qui commencent à fléchir …

Ce sont autant de stratégies gagnantes que d’autres systèmes ont certainement importées. La copie est-elle la seule raison du déclin de l’empire éducatif finlandais ?

Non semble-t-il!

Nous allons maintenant explorer d’autres facteurs qui causent ce déclin au sommet de l’empire éducatif finlandais en éducation ?

La Finlande, championne jadis sur le plan économique, finançant rondement son système éducatif, représentait un modèle de rêve pour le reste du monde.

En 2015, les critiques nourries par la chute de la Finlande dans les tests PISA se font entendre et présentent des distorsions du système.

En 2000, 2003, 2006, La Finlande avait la médaille d’or au sommet dans les résultats du test PISA. En 2013, elle occupera la 12e place dans certains domaines.

Qu’est-ce qui se passe?

Donald Clark, dans son Blogue, « Pourquoi le modèle finlandais est fini » en propose une critique virulente. Son propos est repris et traduit librement par Edupronet.

Il fait le constat de l’omniprésence des critères du test PISA dans l’évaluation des compétences des élèves finlandais ainsi que dans le curriculum du pays.

Pour cet auteur, voici un paramètre principal qui avantage et désavantage la Finlande. Le fait d’être un petit pays homogène qui parle une langue avec une économie qui fonctionne a contribué à ce succès.  Par contre, les pays similaires comme Hong Kong, Taipei, La Corée, Macao, Liechtenstein, Singapour ont vite copié la recette et tassé la Finlande.

Maarit Korhonen, une enseignante finlandaise avec 30 ans d’expérience dans le système, dont les propos sont relatés par Donald Clark présente d’autres critiques du système dans son livre intitulé « Reveiller l’école! » que voici:

Le système finlandais selon elle:

  • est démodé et replié sur lui-même ;
  • est esclave du Test PISA de l’OCDE et s’assure uniquement de répondre aux normes du test en marginalisant un nombre trop élevé d’apprenants ;
  • n’est pas performant dans d’autres tests internationaux comme TIMMS duquel ses résultats sont médiocres ;
  • offre à 2 enfants sur trois une éducation formatée trop académique ;
  • fait travailler ses enseignants sur un programme dépassé en utilisant des manuels obsolètes ;
  • incite ses enseignants à développer un modèle unique d’apprentissage pour tous les enfants ;
  • offre des filières de formation professionnelle pas assez soutenues et ceux-ci ne constituent pas une voie alternative équitable ;

Les constats de  cette enseignante ont été relatés par Donald Clark. Selon ce dernier, on observe dans le classement PISA que les enfants finlandais ne sont pas heureux à l’école en considérant le classement du pays. Pourtant le bien-être semble être priorisé par le système, l’activité aux 45 minutes et le repas gratuit.

Par ailleurs, en 1993-1994 un rapport de l’UNICEF indique un taux de suicide élevé dans ce pays chez les 15 à 24 ans par rapport aux autres pays: Finlande (33% hommes et 3.2% femmes), Canada (24.6% hommes, 6% femmes), France (14,0 hommes, 4,3 femmes) Grèce le champion (3,8% hommes et 0,8% femmes) à l’autre extrême la Lituanie (44,9 hommes, 6,7 femmes).

La piètre performance économique de la Finlande de nos jours, est certainement une autre raison qui a causé le déclin apparent de son système éducatif dont les dépenses énormes augmentent la dette du pays.  La chute de Nokia mis à mort par l’iPhone et le déclin généralisé de l’empire économique finlandais sonnent peu à peu le glas de son système éducatif.

Déjà, une réforme s’impose car les résultats du dernier PISA  font état du déclin. Pour Pasi Sahlberg un argentier du système, il faut regarder ce phénomène d’une manière objective et procéder à des réformes congruentes aux besoins identifiés même si le pays continue à faire usage des résultats du PISA en 2015 dans son plan d’amélioration.

En 2010, Timo Lankinen, Directeur général du Conseil national de l’éducation finlandais présentait les axes de développements suivants pour la réforme de leur système scolaire  (1 référence) vers 2020. Il est question de la construction des compétences citoyennes dans les programmes de base et l’auteur insiste sur les des axes suivants :

  1. clarifier et améliorer la mission et l’intégrité de l’école;
  2. garantir un niveau élevé de connaissances et de compétences
  3. renforcer le soutien et l’orientation de l’individu.
  4. clarifier les principes de l’enseignement de base.

Il y a dans le système finlandais et dans sa nouvelle réforme, malgré  sa dégringolade, des stratégies exemplaires pour toute réforme en éducation dans le monde pour tout pays qui les envisage. Ces réformes freineront-elles cette dégringolade?

Les résultats du test PISA de 2015 nous révéleront cette année en 2016 ce qui en est. Nous rédigerons une suite pour cet article.

Références :

  1. (1) http://www.edu.gov.on.ca/adele/finlandFr.pdf
  2. (2) http://edupronet.com/systeme-educatif-finlandais-fini/
  3. (3) http://www.unicef.org/french/pon96/insuicid.htm
  4. (3) https://www.oecd.org/pisa/keyfindings/pisa-2012-results-overview-FR.pdf

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